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Quand la coupe du monde de DH délaisse la piste du Mont Saint Anne au Québec pour inaugurer pour la première fois la piste UCI de Whistler ça donne ça !
Whistler tient ses promesses pour sa première apparition au calendrier UCI
Il aura fallu attendre 2026 pour voir enfin Whistler accueillir une manche de la Coupe du monde de descente. Une anomalie lorsqu’on connaît l’importance de la station canadienne dans l’histoire du VTT et de la DH.
Du 25 au 27 septembre, les meilleurs descendeurs de la planète avaient donc rendez-vous en Colombie-Britannique pour découvrir la 1199, une piste spécialement conçue pour accueillir des compétitions de très haut niveau.
Et pour une première, Whistler n’a pas fait les choses à moitié.
Entre pluie, boue, racines, rochers, changements de lignes, chutes et conditions météo évolutives, la manche canadienne a rapidement pris des airs de véritable épreuve d’endurance technique.
Au bout du week-end, Asa Vermette et Valentina Höll sont devenus les premiers vainqueurs d’une Coupe du monde de DH à Whistler.
La 1199 n’est pas une piste de DH artificielle posée sur la montagne. Elle cherche au contraire à exploiter le terrain naturel de Colombie-Britannique.
Longue de 2,4 km pour 489 m de dénivelé négatif, elle traverse une forêt composée notamment de vieux cèdres et de sapins Douglas. On y retrouve les ingrédients caractéristiques du terrain de Whistler : loam, racines, dalles rocheuses, granite, fortes pentes et gros mouvements de terrain.
Le tracé comprend notamment le Stevie Smith Drop, un hommage au champion canadien disparu en 2016, ainsi que le Fallaway Drop et plusieurs secteurs rocheux particulièrement engagés.
Le nom même de la piste constitue un hommage à Stevie Smith : 1199 correspond au nombre de points obtenus par le Canadien lors de sa conquête de la Coupe du monde 2013, la première remportée par un Canadien.
La philosophie du tracé était claire : proposer une piste « full on, top to bottom », sans véritable moment où le pilote peut complètement relâcher son attention. Plusieurs sections offrent des choix de lignes, permettant aux meilleurs de chercher en permanence quelques dixièmes supplémentaires.
Avant même la Coupe du monde, Jackson Goldstone avait déjà donné le ton.
Le Canadien, qui connaît parfaitement le secteur, décrivait 1199 comme l’une des pistes les plus difficiles qu’il ait roulées. Il soulignait notamment son caractère particulièrement pentu, ses sections techniques et une partie plus plate au milieu du tracé avant un sprint final.
Les réactions recueillies avant la course allaient globalement dans le même sens : les pilotes appréciaient le fait que 1199 laisse une véritable place au pilotage et au choix des trajectoires, plutôt que de simplement imposer une succession d’obstacles.
Amaury Pierron expliquait de son côté que participer à cette première Coupe du monde à Whistler avait une dimension particulière, notamment en raison du lien avec Stevie Smith, avec lequel le Français avait partagé un podium à Lourdes en 2016.
Le caractère évolutif de la piste a également beaucoup compté. Après quelques passages, la terre se déplaçait, les racines apparaissaient et certaines lignes devenaient nettement plus difficiles à exploiter. Les pilotes devaient donc constamment réévaluer leurs trajectoires.
C’est probablement l’un des éléments qui aura le plus marqué cette première édition.
Le vendredi, la pluie s’est invitée pendant les entraînements et les essais chronométrés. La terre fraîchement préparée a rapidement été décapée par les passages successifs, faisant ressortir racines et rochers.
Dans certaines sections, les ornières devenaient profondes et la boue rendait les appuis extrêmement difficiles à anticiper. Les observateurs présents sur place ont notamment relevé des ornières pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres dans certaines portions.
Le contraste entre les premiers passages et les suivants était donc particulièrement important.
Une ligne qui fonctionnait quelques minutes auparavant pouvait devenir beaucoup moins intéressante après plusieurs dizaines de pilotes.
Cela a également eu des conséquences sur les réglages des vélos : certains concurrents ont notamment utilisé des protections de disques avant et arrière afin de limiter l’accumulation de boue sur les freins.
Le samedi, Asa Vermette confirme immédiatement qu’il faudra compter sur lui.
L’Américain signe le meilleur temps des qualifications hommes en 3’36″390, devant Max Alran et Henri Kiefer. Amaury Pierron prend la quatrième place.
Chez les femmes, c’est Lisa Bouladou qui crée la surprise.
La Française signe le meilleur temps en 4’35″818, devant Eliana Hulsebosch et Gracey Hemstreet. Valentina Höll, pourtant championne du monde quelques semaines plus tôt à Val di Sole, ne prend que la cinquième place.
Mais les qualifications sont également marquées par la contre-performance des deux grandes figures canadiennes.
Jackson Goldstone chute dans les derniers virages et doit même s’arrêter pour remettre sa roue avant en état. Il ne parvient finalement pas à rejoindre la finale.
Finn Iles, de retour après une fracture de la cheville, ne parvient pas non plus à se qualifier.
Pour le public canadien, le scénario rêvé disparaît donc avant même les finales.
La finale féminine va offrir un magnifique duel entre Valentina Höll et Gracey Hemstreet.
Höll prend rapidement les commandes de la course et creuse son avantage dans les premières parties techniques. Mais la Canadienne réalise une fin de parcours exceptionnelle et revient progressivement sur la championne autrichienne.
À l’arrivée, seulement 0,334 seconde sépare les deux pilotes.
Höll s’impose en 4’13″405, Hemstreet prenant la deuxième place en 4’13″739. Lisa Bouladou complète le podium en 4’16″087.
Pour Höll, cette victoire possède une dimension particulière : elle avait déjà assuré le classement général de la Coupe du monde avant Whistler et pouvait donc se concentrer sur la course.
Elle signe ainsi sa sixième victoire de la saison.
Mais la véritable performance féminine du week-end est peut-être à chercher chez les juniors.
La Norvégienne Aletha Ostgaard remporte la course Junior Femmes avec une marge de plus de neuf secondes.
Surtout, son chrono est suffisamment rapide pour qu’elle aurait remporté la finale Elite féminine.
Un signal particulièrement fort envoyé par la nouvelle génération, alors que Valentina Höll elle-même a salué la performance de la jeune pilote après la course.
Chez les Juniors hommes, Camden Rutherford remporte sa première manche de Coupe du monde.
Chez les hommes, la finale va finalement tourner à la démonstration.
Après avoir signé le meilleur temps en qualification, Asa Vermette est le dernier pilote à s’élancer.
La pression est énorme : Jordan Williams, leader du classement général avant Whistler, vient de terminer seulement 21e.
Mais Vermette ne tremble pas.
L’Américain signe un temps de 3’23″930, soit 4,365 secondes de mieux que Max Alran, deuxième.
Amaury Pierron complète le podium à 7,032 secondes.
Une marge énorme à ce niveau de compétition.
Vermette réalise ainsi le week-end parfait : premier en qualification, premier en finale, et surtout nouveau leader du classement général avant la dernière manche de la saison à Lake Placid.
La course masculine a également connu l’un de ses moments les plus frustrants avec Lachlan Stevens-McNab.
Le pilote Trek réalise une descente extrêmement rapide qui lui aurait permis de jouer le podium, mais il est finalement disqualifié après que les images ont montré qu’il avait brièvement quitté le tracé.
Un détail qui rappelle à quel point les limites sont fines sur 1199 : avec autant de lignes possibles et un terrain aussi évolutif, la recherche de vitesse peut rapidement conduire les pilotes à dépasser les limites du parcours.
Au-delà de la compétition, l’autre grande réussite du week-end aura été le public.
Les spectateurs ont répondu présents malgré la météo du vendredi et se sont massés dans les secteurs accessibles du parcours.
Plusieurs pilotes ont souligné avoir vu davantage de public sur le tracé que lors de nombreuses autres manches de la saison, y compris pendant les entraînements et les qualifications.
Pour Gracey Hemstreet, courir devant ce public canadien a été une expérience particulièrement forte. Malgré sa déception d’avoir échoué à seulement trois dixièmes de Höll, la Canadienne expliquait que l’ambiance avait été exceptionnelle tout au long du week-end.
C’est finalement assez logique : Whistler n’est pas seulement une station de VTT connue des pratiquants. C’est l’un des lieux qui ont contribué à construire la culture moderne de la descente et du freeride.
La comparaison avec Mont-Sainte-Anne est particulièrement intéressante.
Les deux pistes sont situées au Canada, mais leur personnalité est assez différente.
Pour la comparaison ci-dessous, il faut préciser que les chiffres de Mont-Sainte-Anne correspondent à la configuration historique de la piste utilisée pour la Coupe du monde, notamment celle décrite par l’UCI à 2,9 km et 586 m de dénivelé. En 2026, la piste utilisée pour le Crankworx était une configuration raccourcie d’environ 2,2 km.
| Caractéristique | Whistler – 1199 | Mont-Sainte-Anne |
|---|---|---|
| Pays | Canada – Colombie-Britannique | Canada – Québec |
| Longueur | 2,4 km | 2,9 km |
| Dénivelé négatif | 489 m | 586 m |
| Identité | Piste moderne conçue pour la compétition | Grande classique historique de la DH |
| Terrain | Loam, racines, granite, dalles rocheuses | Terre, rochers, racines, sections très rapides |
| Profil | Très varié, alternance de raide, technique et rapide | Longue, pentue et rapide |
| Sections emblématiques | Stevie Smith Drop, Fallaway Drop, rock garden | Highway to Hell, Steve Smith Drop, Les Dalles, Pont des Irlandais |
| Choix de lignes | Nombreuses possibilités | Nombreuses trajectoires selon les sections |
| Évolution du terrain | Très importante, notamment avec la pluie | Importante, mais tracé plus établi |
| Temps Elite hommes de référence | 3’23″930 – Asa Vermette, 2026 | 3’30″096 – Jackson Goldstone, 2025 |
| Vitesse / sensation | Très engagée, avec de gros changements de rythme | Très rapide et particulièrement exigeante physiquement |
| Philosophie | Terrain naturel de Colombie-Britannique + choix de lignes | Grande piste historique de Coupe du monde |
| Statut en 2026 | Première manche de Coupe du monde | Pas de manche DH en 2026 |
| Particularité | Première Coupe du monde à Whistler | Site ayant accueilli des décennies de compétition internationale |
Les chiffres montrent notamment que Whistler est plus courte de 500 mètres et présente environ 100 mètres de dénivelé en moins que la configuration historique de Mont-Sainte-Anne. Pourtant, son temps de course reste très rapide : Vermette est descendu en 3’23″930 en 2026, contre 3’30″096 pour Jackson Goldstone à Mont-Sainte-Anne en 2025.
Cela ne permet évidemment pas de comparer directement la vitesse des deux pistes : les conditions météorologiques, l’état du terrain, les réglages, les tracés exacts et le niveau de la compétition changent d’une course à l’autre.
Mont-Sainte-Anne représente davantage la grande classique de la DH canadienne : une piste longue, pentue, rapide, historiquement éprouvée et capable de mettre les pilotes physiquement à rude épreuve.
1199 donne davantage l’impression d’avoir été conçue pour exploiter tout ce que le terrain de Whistler peut offrir.
Elle est plus courte, mais concentre une impressionnante variété de difficultés : racines, rochers, forte pente, gros sauts, sections rapides, changements de rythme et choix de trajectoires.
Et surtout, son comportement peut changer considérablement au fil des passages.
C’est probablement ce qui aura le plus marqué cette première Coupe du monde.
Whistler n’avait pas besoin de la Coupe du monde pour être considérée comme une référence mondiale du VTT.
Mais cette première manche a démontré que la station possédait également une piste capable d’accueillir le plus haut niveau de compétition UCI.
La 1199 a offert une course spectaculaire sans avoir besoin de multiplier artificiellement les obstacles. Son caractère vient essentiellement du terrain, de la vitesse et des choix laissés aux pilotes.
La météo a encore accentué cette dimension.
Et les résultats ont apporté leur lot de surprises : Goldstone et Iles absents de la finale, Bouladou troisième, Hemstreet à seulement trois dixièmes de Höll, Ostgaard plus rapide que toutes les Élites et Vermette qui reprend la tête du classement général.
Pour une première apparition au calendrier, difficile d’imaginer scénario beaucoup plus riche.
La saison 2026 se terminera à Lake Placid, mais une chose est déjà certaine : Whistler possède désormais sa place dans l’histoire de la Coupe du monde de DH.
Les résultats et faits de course ont été recoupés avec l’UCI Mountain Bike World Series, Pinkbike, Canadian Cycling Magazine, NSMB, FullAttack et Vojo.

Pratiquant et passionné de VTT depuis plus de 15 ans, Nicolas est le fondateur de VTT Magazine. Spécialiste de l’Enduro et de la DH, son expertise repose sur : le test annuel de vélos et composants sur les sentiers techniques du Sud de la France. L’animation de la communauté Photos enduro DH sans blabla regroupant 1 400 riders. Une volonté d’indépendance totale pour offrir des analyses basées sur une pratique réelle du terrain. Adepte des idées folles, il a participé 7 fois à la Mountain of Hell, 6 fois aux pass’porte du soleil (dont une seule année par beau temps), a participé au Roc Tandem en tandem tout terrain, au Barone speed tour et plusieurs courses VTT sur neige.
Son objectif est de décrypter la technologie pour vous aider à mieux rouler, avec le bon matériel et prendre les bonnes trajectoires.